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A coeur ouvert , le cardiopathe de Flers (Orne)

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À cœur ouvert, le cardiotaphe de Flers (Orne)

Au cours d’une opération d’archéologie préventive menée à l’automne 2014 sur la place Saint-Germain à Flers (Orne), les archéologues de l’Inrap ont découvert, dans le chœur de l'ancienne église paroissiale, deux sarcophages en plomb anthropomorphes des XVIIe-XVIIIe siècles sur l'un desquels reposait une urne en plomb, un cardiotaphe. Les deux cercueils ont fait l'objet en 2015 d'une fouille en laboratoire par l’Inrap, en collaboration avec le Craham-Unicaen, opération qui avait pour objectif l'étude pluridisciplinaire (archéoanthropologie et archéosciences) de la pratique de l'embaumement et de l'inhumation en cercueil en plomb. Toutefois, l'urne en plomb, en parfait état de conservation, n’avait pu alors bénéficier d’une fouille. Dans le cadre d’un programme collectif de recherche initié en 2019, la fouille du cardiotaphe a pu avoir lieu le 30 septembre 2020 dans le Laboratoire d’Anatomie de la Faculté de Médecine de Caen en collaboration avec trois médecins.
 

 

 

 

 


Les funérailles élitaires à l'époque moderne

D’après les observations réalisées en 2015, les squelettes retrouvés dans les sarcophages correspondent à des individus adultes dont le crâne a été scié. Ceci suggère que les défunts auraient fait l’objet d’un rituel funéraire d’embaumement, confirmant qu’il s’agit de personnalités de haut rang, vraisemblablement des personnages religieux et/ou des membres de la lignée des comtes de Flers. Des restes de cuir chevelu sont visibles sur l’un des individus, des restes de textiles semblent visibles sur le second.

 

 

La découverte des deux cercueils en plomb a permis de caractériser les différentes étapes des funérailles des comtes et comtesses de Flers en s’appuyant sur les sources archéologiques (sépultures) et archivistiques (chartrier de Flers et archives notariales : état des dépenses funéraires, testaments, inventaires après-décès, acte de décès, etc.). Avec le baptême et le mariage, les funérailles font partie des rites de passage les plus importants dans le cycle de la vie à l’Époque moderne. Le cas des deux cercueils et du cardiotaphe de Flers s’inscrit dans la problématique générale des funérailles élitaires en Europe à cette époque. La famille des comtes de Flers appartient en effet à la noblesse seconde provinciale fortunée bien implantée dans les réseaux économiques et de pouvoir du royaume dès le XVe siècle et ce, jusqu’à la Révolution. L’objet de l’étude est donc plus largement de décrire et d’interpréter les étapes des funérailles de la famille comtale afin d’en dégager des comportements souvent liés à la volonté de continuité familiale et lignagère.


 

 



L'autopsie du coeur embaumé

Le cardiotaphe posé sur l’un des deux cercueils fouillés en 2015 n’avait pu bénéficier d’une étude. Un protocole scientifique et sécuritaire a été mis en place dans le cadre d’un Programme collectif de recherche (PCR). Retrouvés régulièrement dans les églises paroissiales et conventuelles, les cardiotaphes ont pour fonction de contenir le cœur après division du corps d’un défunt généralement embaumé puis inhumé dans un cercueil de plomb. Cette pratique funéraire est attestée au sein des élites européennes surtout entre le XVIe et le XVIIIe siècle.

Si les contraintes de sécurité imposées par les poussières de plomb ont été similaires à celles appliquées en 2015 pour la fouille des cercueils de plomb (zones sécurisées, combinaisons intégrales, masques FFP3, etc.) , la méthode d’intervention s’est ici davantage rapprochée des techniques mises en œuvre pour une autopsie. L’opération a ainsi associé étude externe, autopsie et histologie. La première étape a consisté à ouvrir le cardiotaphe à l’aide d’une petite scie circulaire électrique. À l'ouverture, celui-ci était empli d'un matériau meuble, aéré, de couleur brune très odorant, évoquant la menthe poivrée, et composé de grains de tailles différentes. Le protocole de prélèvement, en milieu stérile, a été identique à celui mis en place pour la fouille des squelettes inhumés en cercueil en plomb. Les échantillons seront étudiés par la même équipe de spécialistes en archéosciences (palynologie, carpologie, études chimiques et études des textiles anciens) afin de comparer les substances et plantes utilisées ainsi que les techniques d’embaumement pratiquées par le ou les chirurgien(s)-embaumeur(s).

 

 

 

 

En enlevant progressivement le remplissage granulomateux, un élément de consistance plus dure, comparable à du cuir et réparti sur la quasi-totalité du fond du cardiotaphe a été mis au jour. Des zones formant des cuvettes bordées de reliefs plus ou moins larges ont pu être notées. Il s’agit du cœur, momifié. Les dépressions correspondent, comme l'a montré ensuite le scanner, aux cavités cardiaques auriculaires et ventriculaires, ainsi qu'aux troncs vasculaires affaissés. Le positionnement du cœur dans l’urne par le chirurgien-embaumeur a permis d’exposer sa face antérieure à l’ouverture du cardiotaphe, correspondant à une mise en situation anatomique soignée. Avant toute manipulation, un prélèvement ADN a été effectué qui sera comparé à celui des deux individus exhumés en 2015 : le cœur appartient-il à l’inhumé du cercueil en plomb associé ou à un autre membre de la famille comtale ? Il a ensuite été minutieusement sorti de son contenant pour être scannographié à la plateforme d’imagerie biomédicale Cycéron (CNRS-Unicaen). Après analyse des images par un ingénieur en imagerie et des médecins légistes (reconstitution tridimensionnelle surfacique et reconstruction de coupes), le cœur a été rapporté au laboratoire d'anatomie pour y être disséqué en fonction des observations préalablement recueillies.

Avant une étude plus approfondie, les premières constatations montrent que, a priori, l’organe n’a été enveloppé ni d’étoupe ni de linge à l’instar de certains cœurs découverts au couvent des Jacobins à Rennes (fouille Rozenn Colleter -Inrap, 2011-2013). Des prélèvements externes destinés à repérer d’éventuels restes textiles vont néanmoins être analysés. Le cœur est remarquablement bien conservé et témoigne d'un embaumement efficace des tissus organiques. La forte odeur de menthe poivrée à l’ouverture du cardiotaphe et la présence de matières granuleuses présagent d’une bonne conservation des macrorestes végétaux et, sans doute, des grains de pollen. Si la présence de baume autour de l’organe est d’ores et déjà visible à l’œil nu, celle de bourre d’embaumement dans les ventricules sera confirmée ou non par les analyses carpologique et palynologique. L'analyse chimique déterminera la nature des substances utilisées et si celle-ci permet d’expliquer l'état de conservation du cœur embaumé : il est possible qu’après son extraction, le cœur ait été laissé dans un bain alcoolisé quelques heures (« esprit de vin ») ou même bouilli, pratique également préconisée dans les traités modernes d’embaumement (cf. Cours d’opérations de chirurgie de Dionis, Paris, d’Houry, 1707). Les différentes parties examinées du cœur ne montrent pas de lésions pathologiques macroscopiquement visibles. Ces observations préliminaires seront précisées lors d’analyses spécifiques ultérieures.

 

 

 

L'étude des archives funéraires
 

Une recherche documentaire, débutée en 2014, complète la fouille. Elle permet notamment d’avancer des hypothèses d’identification du défunt auquel le cœur présent dans le cardiotaphe appartiendrait et sur lesquelles s’appuiera l’analyse ADN. Un inventaire raisonné des mentions de découvertes de cardiotaphes (rarement étudiés du point de vue du rite funéraire de l’embaumement) est couplé à un inventaire des mentions de funérailles multiples. Ces dernières sont identifiées grâce aux mentions de division du corps et d’enterrement de cœur dans les archives régionales et extra-régionales.

La connaissance aujourd’hui approfondie de la famille de Pellevé et de la Motte Ango, barons, puis comtes de Flers depuis le XVe siècle, permet de relier les souhaits individuels des différents membres de la dynastie avec le statut, mais aussi la place qu’ils occupent dans la lignée et dans les réseaux de pouvoirs régionaux et parisiens. Les recherches archivistiques sur leurs souhaits funéraires (élection de sépulture, souhaits de funérailles modestes ou non, volonté ou refus catégorique d’ouverture du corps pour être embaumé, etc.), confrontées à ce qui a réellement été mis en œuvre par les vivants, permettent d'appréhender des pratiques communes à la noblesse à l’Époque moderne. Les résultats obtenus pour le cas de Flers sont également comparés à d’autres exemples européens.

 

 

À travers différents choix funéraires, l'étude documentaire vise à comprendre la perception que les membres de cette famille avaient d’eux-mêmes et du rang qu’ils avaient à tenir dans leur sphère sociale. Les funérailles relèvent en effet d’un choix éminemment individuel et privé (aussi divers qu'il existe de membres dans une famille), mais aussi collectif, en phase avec les usages communs de l’élite noble à l’Époque moderne. Au-delà des études biographiques qu’il est nécessaire d’effectuer pour replacer les vestiges archéologiques dans leur contexte historique, l’examen des testaments et des frais funéraires s’avère riche pour comprendre les enjeux et le contexte des pratiques funéraires, de l’élection de sépulture, aux choix du traitement du corps jusqu’à la pompe funèbre.

La multiplication des interventions d’archéologie préventive dans les églises permettra, à terme, de fournir les éléments d’une synthèse européenne pluridisciplinaire incluant sources archéologiques et archivistiques. Des protocoles d’interventions scientifiques, sécurisés et adaptés à ce type de vestiges impossible à traiter sur place et en urgence, sont donc nécessaires.

 

www.inrap.fr

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